HISTOIRE
Fernando Pérez (ou Ferrando Petri) de Funes était un chanoine de la cathédrale de Calahorra qui fut, entre 1192 et 1194, chancelier du roi de Navarre Sancho VI El Sabio. En 1194, à la mort du monarque, son successeur, Sancho VII El Fuerte, lui demanda réalisation d'une Bible qu'il termina en 1197. Cette Bible, appelée habituellement Bible du Roi Sancho ou première Bible de Pampelune se trouve actuellement à la Bibliothèque Municipale d'Amiens.
Une fois terminée, le monarque lui en demanda un nouvel exemplaire, comme cadeau à une femme de haut rang qui était peut-être sa soeur
Doña Berenguela lors de son mariage avec Richard Coeur de Lion, ou sa mère, Doña Sancha de Castilla. Cette deuxième Bible de Pampelune, que nous analysons ici, ne fut pas une simple copie de la précédente, puisque Fernando Pérez modifia plus de 40% des scènes, y ajoutant 91 autres qui n'existaient pas dans la première. D'autre part, il utilisa un parchemin plus fin, davantage d'or et les pigments les plus coûteux, ce qui prouve l'importance de la commande.
Le manuscrit, qui se réalisa dans un scriptorium monacal de Pampelune, demeura en Espagne jusqu'au début du XIXème siècle et obtint une telle valeur qu'une copie fut faite en France, au début du XIVème siècle, dans le style de l'époque, et se trouve actuellement à New York. Acheté à Paris en 1814 pour la collection du Duc de Oettinger-Wallerstein, collection qui, à son tour, fut acquise par l'Ëtat de Bavière en 1980, passant à la Bibliothèque Universitaire d'Augsbourg où elle est actuellement sous des mesures spéciales de protection, son parchemin se trouvant en mauvais état à cause de l'usage qu'il dut supporter pendant huit siècles.
DESCRIPTION
Les manuscrits de Ferrando Petri peuvent être considérés comme des oeuvres exceptionnelles dans toute la miniature haut-médievale européenne. Contrairement aux autres auteurs qui donnent plus d'importance au texte qu'aux images qu'ils intercalent pour la plupart à l'intérieur du texte, les Bibles de Pampelune fondent
tout leur contenu sur les miniatures qui forment des scènes d'une demie-page ou une page complète avec le nom des personnages apparaissant dans l'image et auxquelles ils n'ajoutent postèrieurement sous la vignette que de courts textes explicatifs qui ont leur origine dans une version originale de La Vulgata, tout cela écrit en lettres gothiques minuscules.
Dans ses 271 feuilles en parchemin, dans lesquelles sont inclus 33 des 46 livres de la Bible, nous trouvons jusqu'à 976 scènes présentées sous forme de vignettes encadrées à main levée une fois terminés les images et le texte. Elles sont dessinées à plume fine et coloriées à l'aquarelle dans des tons doux, surtout verts, jaunes et ocres, utilisant ausi pour 61 d'entre elles la feuille d'or. Les spécialistes considèrent que trois auteurs ont participé à sa confection et au moins quatre peintres, dont l'un dut être Ferrando Petri lui-même, qui, en plus, fut le responsable de choisir et adapter les textes, et ordonner les illustrations.
Avec une composition en général harmonieuse et expressive et un traçé énergique du dessin, les miniatures, dans lesquelles l'artiste a utilisé comme modèles, selon la tradition, des personnes de son entourage habituel, offrent des scènes parfois très complexes, d'un grand réalisme et d'une grande originalité. Tout cela dans un style qui, bien qu'il présente, comme la plupart des miniatures haut-médiévales espagnoles, multiples influences de plusieurs époques et origines, ainsi que des formes de présentation et d'utilisation du dessin et du coloris très peu habituels à cette époque-là, le convertit en une oeuvre entièrement romane.
Le manuscrit contient l'Ancien
et le Nouveau Testament, avec une ample description des généalogies du Christ, et la représentation de 203 saints et saintes ordonnés chronologiquement, certains étroitement liés au Royaume de Navarre, comme ceux de San Miguel de Aralar, San Saturnino, San Nicolás, San Martín, San Zoïlo et les saintes Nunilona et Alodia, ainsi qu'un index comprenant les textes des évangiles apocryphes relatifs à la deuxième venue du Christ. Cependant, il n'inclut pas l'Apocalypse de San Juan, ce qui est un peu surprenant dans un manuscrit espagnol.
La deuxième Bible de Pampelune, par son ample contenu- il s'agit du manuscrit de son époque renfermant le plus grand nombre de miniatures qui aient été conservées-, par sa structure spéciale en grandes vignettes avec très peu de texte et l'originalité et vitalité de ses miniatures dessinées à plume fine et coloriées avec des aquarelles aux tons doux, - ensemble de caractéristiques que nous ne retrouvons que dans les oeuvres de Ferrando Petri-, est l'un des manuscrits bibliques les plus complets et intéressants du Moyen-Âge espagnol .
BIBLIOGRAPHIE
Historia de España de Menéndez Pidal: Tomos VI y VII*
SUMMA ARTIS: Tomos VIII y XXII
Arte y Arquitectura española 500/1250: Joaquín Yarza
La Biblia de Pamplona: varios autores, EIKON Editores
Sancho el Mayor y sus herederos: Isidro G. Bango Torviso